Sur l’axe stratégique reliant le Grand Conakry aux zones minières de Boké, la cohabitation entre poids lourds, petites voitures et deux-roues devient de plus en plus critique. Pour de nombreux usagers, chaque dépassement ou croisement avec un camion se transforme en une épreuve à haut risque.
Corridor incontournable pour le transport des personnes, des marchandises et des produits miniers, la route nationale Kagbelen-Kamsar supporte quotidiennement un trafic intense à destination des zones industrielles de Dubréka, Boké et Kamsar.

Cette forte présence de véhicules lourds constitue une source majeure d’inquiétude. Sur les portions étroites ou dégradées, le moindre écart de trajectoire d’un camion peut avoir des conséquences dramatiques. Le faible gabarit des petites voitures et des motos, combiné à l’écart de vitesse et de puissance, ne laisse que très peu de marge de manœuvre en cas d’urgence, notamment lorsqu’il faut esquiver des nids-de-poule ou des accotements abîmés.

À l’état de la chaussée s’ajoute la poussière sur les tronçons en travaux ou dégradés, réduisant considérablement la visibilité. En 2025, des usagers décrivaient déjà une circulation particulièrement éprouvante sur le tronçon Kagbelen-Dubréka.
Pour les motocyclistes, le danger est démultiplié. Un simple souffle d’air généré par un poids lourd, un freinage brusque ou une chaussée glissante peut provoquer une chute fatale…

Le problème est global, car, il concerne le comportement des conducteurs, l’état du réseau, le contrôle technique des véhicules et la régulation du trafic. A ce titre, tous les acteurs ont un rôle à jouer.

– Les chauffeurs de poids lourds doivent modérer leur vitesse, entretenir leurs véhicules et redoubler de vigilance.
– Les automobilistes et motocyclistes doivent bannir les dépassements à risque.
– L’État et les entreprises doivent garantir des infrastructures adaptées.

Le gouvernement guinéen a fait de la sécurité routière une priorité, concrétisée en février 2026 par le lancement du déploiement de la stratégie nationale de sécurité routière 2026-2030. Parallèlement, des travaux sont engagés sur l’axe Kagbelen-Kouriah avec le projet d’une autoroute express de 30 kilomètres. Mais en attendant la livraison de ces chantiers, l’urgence demeure sur le réseau actuel.Aboubacar Soumah, chauffeur de poids lourd : « Je fais régulièrement le trajet entre Kagbelen et Kamsar. La circulation est devenue très difficile. Un camion ne se conduit pas comme une petite voiture, quand on freine chargé, il faut beaucoup plus de distance. Ce qui m’inquiète le plus, ce sont les dépassements imprudents de certaines motos ou voitures qui tentent de passer alors qu’un camion arrive en face. Il suffit de quelques secondes pour que tout bascule. Nous, les chauffeurs, devons réduire notre vitesse et faire attention, mais je demande aussi aux motocyclistes de ne jamais sous-estimer le temps d’arrêt d’un poids lourd. Cette route est essentielle pour l’économie, mais la vie humaine doit rester la priorité. »

Un agent de sécurité routière à Dubréka a noté : « Sur l’axe Kagbelen-Dubréka, le flux est continu. La situation exige une vigilance permanente de tous. Les petites voitures et les motos sont particulièrement exposées. Nous demandons aux motocyclistes d’éviter les dépassements hasardeux et de maintenir des distances de sécurité. Le problème ne vient pas uniquement des camions. Nous constatons au quotidien des comportements à risque tels que : l’excès de vitesse, le dépassements sans visibilité et les stationnements anarchiques. Une simple erreur peut coûter une vie… »

Ibrahima Sory Bangoura