Autrefois havre de paix, lieu de pêche et source de vie pour les populations riveraines, le lac de Sonfonia s’enfonce chaque jour un peu plus dans une crise écologique majeure. Étendu entre Sonfonia Centre, Foulamadina-Yattayah et Sonfonia Gare, cet espace naturel emblématique de la capitale guinéenne s’est progressivement métamorphosé en une vaste décharge sauvage.
Sur place, le paysage est consternant, des plastiques, bidons et résidus ménagers s’accumulent sur les berges et flottent à la surface de l’eau. Pour les habitants historiques, la nostalgie laisse place à l’amertume.

« Avant, ce lac nous était très utile. Nous venions nous y baigner, laver nos habits et nos ustensiles, et nous y pêchions », se rappelle Salifou Camara, un riverain de Sonfonia Centre.

Cette dégradation, accentuée par une urbanisation galopante et l’absence de système efficace de collecte de déchets, ne date pas d’hier. Signalé dès 2020 puis en 2022, l’état d’insalubrité du site a atteint un seuil critique. À cela s’ajoutent l’occupation illégale des berges, l’ensablement et la pression exercée par diverses activités informelles (lavage de véhicules, jardinage, floriculture).

La menace est désormais existentielle, sans intervention rapide, le plan d’eau risque de disparaître définitivement. Malgré les annonces du ministère de l’Environnement en avril depuis belle lurette promettant des mesures de réhabilitation et de sauvegarde de la biodiversité, les résultats se font toujours attendre sur le terrain.
Face à ce péril, les riverains et les experts environnementaux tirent la sonnette d’alarme et réclament des actions immédiates à savoir : le nettoyage approfondi des berges et extraction des déchets flottants ; la délimitation stricte du domaine du lac pour stopper l’occupation anarchique ; et la mise en place de bacs à ordures et sensibilisation des populations à la salubrité publique.

De l’incivisme citoyen et inertie administrative, le lac de Sonfonia meurt à petit feu. Il s’agit pourtant bien plus que d’une simple réserve d’eau, c’est un pan entier de la mémoire collective et du patrimoine naturel de Conakry qu’il faut impérativement sauver.

Ibrahima Sory Bangoura