Créé en 1989 par deux jeunes frères guinéens, Ibrahima Diogo Barry et Abdoulaye Barry, l’ADLaM a été conçu pour retranscrire fidèlement la langue Pular. L’alphabet compte 28 lettres (23 consonnes et 5 voyelles), enrichies d’autres caractères pour permettre la transcription de plusieurs langues africaines. L’ADLaM ne se limite donc pas au Pular, il a vocation à s’étendre à l’ensemble des langues nationales du pays et du continent.
Madame Aïssatou Sow, vice-présidente de la promotion de l’alphabet ADLaM en Guinée, rappelle le sens de cet outil : « Le Pular est une langue, et l’ADLaM est l’écriture qui permet de la transcrire. Le nom ADLaM provient des quatre premières lettres de l’alphabet (A, D, L, M), acronyme de Alkule Dandayɗe Leñol Mulugol, qui signifie : « l’alphabet qui sauve le peuple de la disparition. » C’est une écriture porteuse d’une vision fondamentale : préserver une identité et une culture tout en assurant leur transmission aux générations futures. »
Engagée depuis de nombreuses années dans la valorisation du patrimoine linguistique, Mme Sow articule son travail autour de la formation, de la sensibilisation, de la production de contenus et du plaidoyer.
L’intégration de l’ADLaM au standard Unicode en 2016 a marqué un tournant historique. Dès lors, cette écriture s’est déployée dans les écosystèmes informatiques de grands groupes tels que Google, Microsoft et Apple.
« Une écriture qui accède au numérique s’ouvre aux téléphones, aux ordinateurs, aux réseaux sociaux, à l’éducation en ligne et aujourd’hui à l’intelligence artificielle. Cela offre des perspectives majeures pour la sauvegarde et le développement de nos langues », dit-elle.
Outre son rôle dans la lutte contre l’analphabétisme en facilitant l’apprentissage de la lecture et de l’écriture dans une langue du quotidien, l’ADLaM permet de publier des livres, des journaux et des supports pédagogiques modernes. Il concilie ainsi préservation culturelle et outils digitaux.
Plusieurs structures portent cette dynamique en Guinée et à l’international, à l’image de l’organisation Winden Jangen ADLaM, soutenue par des acteurs engagés dans la formation des jeunes et des adultes.
Pour inscrire pleinement l’ADLaM et les langues nationales dans l’avenir du pays, Mme Sow identifie quatre priorités majeures : – Introduire l’ADLaM dans le système éducatif formel dès le plus jeune âge ;
– Intégrer l’écriture dans l’administration et les services publics ;
– Former des pédagogues qualifiés sur tout le territoire ;
– Et renforcer sa présence dans les applications, les logiciels d’apprentissage et les modèles d’intelligence artificielle.
Pour la vice-présidente, la culture doit constituer le socle du développement économique et social : « Nos langues et nos écritures ne sont pas de simples pièces de musée. Elles peuvent stimuler l’éducation, l’innovation et l’économie créative. Nous sollicitons un accompagnement accru pour les initiatives de numérisation et d’enseignement. »
Mme Sow a conclu son intervention en s’adressant directement à la jeunesse et aux parents : « La transmission commence au sein du foyer. Parler, lire et écrire nos langues à la maison est essentiel. Transmettre notre patrimoine ne signifie pas s’enfermer dans le passé, mais donner à la jeunesse les moyens de faire vivre nos identités dans le monde moderne. »
Arfan Condé