Avec l’installation de la saison des pluies, le marché du Km 36 retrouve un visage que commerçants et clients connaissent malheureusement trop bien : des allées transformées en bourbiers, des flaques d’eau stagnante et des produits alimentaires exposés à quelques centimètres seulement de la boue.
Dès les premières heures de la matinée, les vendeuses tentent de préserver leurs marchandises en les surélevant sur des palettes, des cartons ou des planches de fortune. Malgré ces précautions, légumes, fruits, tubercules, poissons fumés et autres denrées alimentaires cohabitent quotidiennement avec la boue, dans un environnement où l’hygiène devient un véritable défi.
« Quand il pleut, l’eau envahit les allées. Les clients hésitent à entrer et nous perdons beaucoup de ventes », confie une commerçante, obligée de retrousser son pagne pour circuler entre les étals.
Les consommateurs, eux aussi, dénoncent des conditions difficiles. Entre les flaques d’eau, les déchets charriés par les pluies et les risques de glissade, faire ses achats devient un parcours semé d’embûches. Certains craignent également les conséquences sanitaires liées à la proximité des aliments avec les eaux souillées.
Le marché du Km 36 constitue pourtant un important centre d’approvisionnement pour Coyah et plusieurs localités voisines. Chaque jour, des centaines de commerçants y écoulent leurs produits, faisant vivre des milliers de familles. Mais les infrastructures peinent à suivre l’essor de cette plateforme commerciale.
Cette situation n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs années, les acteurs du marché réclament l’aménagement des voies de circulation, la réhabilitation du système de drainage et un meilleur entretien des caniveaux afin de limiter les inondations pendant la saison des pluies.
En Guinée, les fortes précipitations entraînent régulièrement des inondations dans plusieurs zones urbaines, notamment en raison de l’insuffisance des ouvrages d’évacuation des eaux et de l’obstruction des caniveaux.
Pour les commerçants du Km 36, l’espoir demeure que des solutions durables soient mises en œuvre avant que la saison des pluies n’atteigne son pic. En attendant, la boue continue de partager le quotidien et parfois les étals, avec les aliments destinés à la consommation.
Selon Aïssatou Camara, vendeuse de légumes au marché du Km 36: « Dès qu’il pleut, le marché devient impraticable. La boue arrive jusqu’à nos étals et nous sommes obligées de mettre des planches ou des briques pour poser nos marchandises. Malgré cela, les légumes sont souvent éclaboussés par l’eau sale. Les clients ont peur de salir leurs chaussures et beaucoup repartent sans rien acheter. Nous perdons de l’argent chaque fois qu’il pleut. Nous demandons aux autorités de penser à nous en aménageant le marché, parce que c’est ici que nous gagnons notre vie et nourrissons nos familles. »

De son côté, Djenabou Bangoura, cliente au marché du Km 36: « Je viens au marché du Km 36 parce que les produits sont frais et les prix sont abordables. Mais pendant la saison des pluies, c’est très difficile. Il faut marcher dans la boue pour faire ses achats et parfois on voit les légumes et les fruits tout près des flaques d’eau. Cela m’inquiète pour la santé de ma famille. J’achète quand même, mais je prends le temps de bien laver les aliments à la maison. Nous souhaitons que les autorités aménagent le marché afin que vendeurs et clients puissent travailler et faire leurs achats dans de meilleures conditions. »
Pour Dr Djibril Camara, un médecin généraliste: « Lorsque des aliments sont exposés dans un environnement boueux ou à proximité d’eaux stagnantes, le risque de contamination augmente. Les fruits et légumes peuvent être souillés par des microbes présents dans l’eau ou la terre. Si ces aliments ne sont pas correctement lavés ou cuits avant d’être consommés, ils peuvent favoriser des maladies diarrhéiques, la fièvre typhoïde ou d’autres infections d’origine alimentaire. Il est donc essentiel de renforcer les conditions d’hygiène dans les marchés, mais aussi de sensibiliser les vendeurs et les consommateurs aux bonnes pratiques de manipulation et de conservation des denrées alimentaires. »
Ibrahima Sory Bangoura




