Chaque jour, des centaines de jeunes filles sillonnent les artères de la capitale guinéenne pour vendre de l’eau, des fruits, des friandises ou divers articles de seconde main. Derrière cette activité informelle, essentielle pour compléter les revenus familiaux, se cache une réalité alarmante : une exposition permanente à la précarité, à l’insécurité et aux agressions sexuelles.
Présentes dans les marchés, les gares routières, les grands carrefours et les quartiers périphériques, ces jeunes filles passent de longues heures loin de la protection du domicile familial. Selon plusieurs acteurs de la protection de l’enfance, cette vulnérabilité extrême les expose à des risques majeurs d’exploitation, de harcèlement et de violences basées sur le genre (VBG).
Sur le terrain, la parole se libère difficilement, mais les constats sont sans appel. Certaines adolescentes affirment être régulièrement confrontées à des comportements déplacés de la part d’adultes qui profitent de leur dénuement. D’autres confient vivre dans l’angoisse constante à l’idée de rentrer tard le soir ou de traverser seules des zones isolées.
« Nous travaillons toute la journée pour aider nos parents. Parfois, des hommes nous suivent ou nous font des propositions inappropriées. Nous avons peur, mais nous n’avons souvent personne vers qui nous tourner ».
Les observateurs locaux s’accordent sur les causes profondes du phénomène : la pauvreté endémique, l’abandon scolaire et l’absence de mécanismes de protection sociale efficaces favorisent l’exposition des mineures à ces dérives.
Au-delà des violences sexuelles, le quotidien de ces enfants est jalonné de dangers : Accidents de la circulation fréquents au milieu des embouteillages ; Maladies liées à l’épuisement physique et aux intempéries ; Une déscolarisation précoce qui brise leurs chances d’insertion professionnelle.
Du côté des autorités publiques, des engagements sont régulièrement pris pour renforcer l’arsenal de protection de l’enfance et intensifier la lutte contre les violences faites aux femmes. Des campagnes de sensibilisation sont menées pour encourager la dénonciation des abus et orienter les victimes vers les services d’assistance.
Cependant, pour les spécialistes de l’enfance, l’approche purement sécuritaire ou répressive reste insuffisante. La réponse doit être structurelle : elle exige un renforcement de l’aide sociale aux familles vulnérables, un accès garanti à l’éducation, des programmes d’autonomisation économique et une application stricte des lois pénales protégeant les mineurs.
Alors que le phénomène prend de l’ampleur dans la banlieue de Conakry, l’urgence est à la mobilisation collective. Acteurs civils, institutions et familles sont appelés à s’unir pour offrir à ces jeunes filles un environnement sécurisé, propice à leur épanouissement et au respect de leurs droits fondamentaux.
Alpha Yarie Camara, artisan tailleur et père de famille : « En tant que père, je ne trouve pas normal que des enfants passent leurs journées dans la rue à vendre des sachets d’eau ou des marchandises. Leur place est à l’école ou à la maison, entourés de leurs proches, et non au milieu du trafic routier où ils sont exposés à tous les dangers.
Quand je vois ces fillettes courir entre les véhicules, le cœur me serre. À tout moment, elles peuvent être renversées, tomber malades ou faire de mauvaises rencontres. Aucun parent ne devrait se résoudre à laisser son enfant vivre dans de telles conditions.
Je mesure pleinement les difficultés économiques que traversent de nombreux foyers, mais la survie financière ne doit pas se négocier au détriment de la sécurité et de l’avenir des enfants. Nous devons tous nous mobiliser pour protéger nos filles et leur garantir une éducation digne. C’est par l’école et l’encadrement que nous préparerons leur avenir, pas en les abandonnant au bitume. »
Ibrahima Sory Bangoura