À Conakry, se déplacer est devenu un exercice d’endurance psychologique et financière. Si ce n’est pas les embouteillages monstres et la rareté des transports publics, c’est usagers qui font face à un phénomène pernicieux qui vide les poches et use les nerfs, le découpage des tronçons par les taximètres.
Ce système informel, mais terriblement bien rodé, transforme chaque trajet en un parcours du combattant.

Le principe est simple et redoutable. Au lieu de desservir une ligne droite réglementaire d’un point A à un point B (par exemple, de la haute banlieue jusqu’au centre-ville de Kaloum), certains chauffeurs de taxi coupent arbitrairement le trajet en trois ou quatre sous-sections.
Pour l’usager, cela signifie qu’un déplacement qui devrait coûter le prix d’un seul voyage standard se transforme en une succession de paiements. À chaque étape forcée, il faut descendre, se bousculer pour trouver un autre taxi, et payer à nouveau.

Ce qui devrait être un trajet direct à 2 000 ou 1 500 GNF grimpe rapidement à 12 000 ou 15 000 GNF. Multiplié par deux pour le retour, le budget transport mensuel d’un travailleur ou d’un étudiant guinéen explose, engloutissant une part étouffante de ses revenus.

Ce n’est pas seulement une question d’argent, c’est la qualité de vie des Conakrykas qui est directement asphyxiée. Car, partir au travail ou à l’université le matin devient une source d’angoisse. On ne sait jamais combien de temps prendra le trajet, ni combien de taxis il faudra supplier pour monter.
Aussi, attendre sous le soleil de plomb ou la pluie battante aux grands carrefours comme Bambéto, Cosa, Tannerie ou Madina, courir après des voitures déjà bondées, se disputer pour une place… Le voyageur arrive à destination déjà épuisé. A cela, s’ajoute le sentiment d’injustice, car, face à la loi de l’offre et de la demande, l’usager se sent otage d’un système sans régulation efficace, où le chauffeur dicte sa loi sous le regard indifférent des syndicats de transport.

Les chauffeurs, de leur côté, évoquent souvent le prix du carburant, le coût des pièces de rechange et les heures perdues dans les embouteillages pour justifier leur quête de rentabilité. Mais au milieu de ce bras de fer économique, c’est le citoyen lambda qui étouffe.
Le découpage des tronçons à Conakry n’est plus une simple astuce de chauffeur, c’est un symptôme criant de la crise des transports urbains, qui rend, jour après jour, la vie des usagers tout irrespirable.

Par Sékouba Kourouma pour Actu7.com

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