Alors que les classes se vident pour les vacances scolaires, une menace silencieuse refait surface pour de nombreuses adolescentes guinéennes. Cette période de repos est parfois détournée par certaines familles pour faire subir l’excision aux jeunes filles, profitant de l’interruption des cours pour accomplir ce que beaucoup considèrent encore comme un rite de passage traditionnel.
Présentée comme une coutume, la mutilation génitale féminine entraîne pourtant de lourdes conséquences. Sur le plan médical, les risques immédiats sont majeurs : douleurs aiguës, hémorragies sévères, infections et complications de cicatrisation. À plus long terme, de nombreuses femmes souffrent de troubles urinaires, menstruels, de douleurs lors des rapports sexuels et de graves complications à l’accouchement.
Les traumatismes sont tout aussi profonds sur le plan mental. L’angoisse, la peur et le choc subis lors de l’acte laissent souvent des traces indélébiles durant plusieurs années.
« J’étais encore une enfant. Je me souviens surtout de la peur et de la douleur. En grandissant, j’ai compris que cette expérience avait laissé des traces psychologiques. Une enfant ne devrait pas avoir à subir une telle épreuve au nom de la tradition », confie sous couvert d’anonymat une survivante.
Face aux urgences médicales observées sur le terrain, les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme et rappellent l’urgence de protéger les mineures durant ce temps de pause scolaire.
« En tant que médecins, nous recevons encore des femmes et des jeunes filles qui présentent des complications. Pendant les vacances scolaires, nous appelons les familles à redoubler de vigilance. Notre rôle est de soigner, mais aussi d’expliquer les risques aux parents pour faire reculer cette pratique », a dit Dr Djibril Camara « Izna », médecin généraliste dans une clinique privée de la capitale.
Pour les acteurs de la protection de l’enfance, la réponse doit être globale. La protection des filles passe par un dialogue renforcé au sein des communautés, une sensibilisation accrue des parents et un engagement ferme des enseignants et des agents de santé. Les vacances scolaires ne doivent plus être synonymes de vulnérabilité, mais devenir un espace de sécurité, d’épanouissement et de préservation de la santé des jeunes filles.
Par Ibrahima Sory Bangoura



