Lors d’un point de presse animé par la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla portant sur la conclusion d’un accord technique de 425 millions de dollars avec le FMI pour soutenir le programme Simandou 2040, le gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG), Dr. Karamo Kaba, a expliqué les raisons pour lesquelles la Guinée maintient sa monnaie nationale.
Selon lui, le président de la République, Mamadi Doumbouya a fait le choix de maintenir le franc guinéen, une décision parfaitement fondée au regard de la conjoncture actuelle et des contraintes régionales à savoir :
– L’absence de volonté politique réelle et le non-respect des critères : Bien que l’échéance de 2027 pour le lancement de l’Eco soit fréquemment évoquée, les États membres ne réunissent pas les conditions requises. À ce jour, seul le Bénin respecte l’ensemble des critères de convergence de la monnaie unique de la CEDEAO. La Guinée, quant à elle, remplit trois des quatre critères principaux, à l’exception du niveau de déficit public.
– L’absence de mécanisme de solidarité budgétaire : Une zone monétaire intégrée requiert un système de transferts financiers entre les pays excédentaires et les pays déficitaires. Sans ces mécanismes d’ajustement, l’union s’expose à de graves crises, à l’image de la crise grecque au sein de la zone euro, accentuée par les réticences allemandes à apporter une aide financière directe.
– Une perte majeure de représentativité au sein de la future banque centrale : En conservant le franc guinéen, la Guinée contrôle 100 % des décisions de sa banque centrale. Dans le cadre d’une banque centrale fédérale de la CEDEAO, les parts de capital et le pouvoir de décision seraient calculés selon trois critères : la population, le PIB et les réserves de change.
Au regard du poids économique et démographique de la région, la population Nigerianne compte 240 millions d’habitants sur les 460 millions que recense la CEDEAO (plus de 50 %). Son PIB représente à lui seul près de 63 % du PIB régional, le tout couronné par des réserves de change s’environ 50 milliards de dollars sur un total régional de 110 milliards.
« Pondérés selon ces critères, les leviers de contrôle de la future banque centrale seraient détenus à aux moins 60 % par le Nigeria, tandis que la part de la Guinée dépasserait à peine les 5 %. Abandonner une souveraineté monétaire totale pour une représentativité de 5 % ne répond pas aux intérêts stratégiques du pays » a-t-il expliqué.
Pour Dr. Karamo Kaba, la décision du Chef de l’État constitue donc, la meilleure option stratégique à ce jour. Cela dit-il, n’exclut pas le dialogue avec les partenaires régionaux, mais les réflexions doivent s’orienter vers une monnaie commune de sous-traitance et d’échanges, plutôt qu’une monnaie unique de substitution.
Par Sékouba Kourouma pour Actu7.com
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