À quelques jours de la Tabaski, les marchés de Conakry retrouvent leur effervescence habituelle. De Matoto à Hamdallaye, en passant par Coléah, Gbessia et l’incontournable grand marché de Madina, vendeurs de bétail, commerçants de tissus et détaillants de condiments s’activent pour répondre à la forte demande liée à cette grande fête musulmane.
Cependant, les préparatifs se déroulent cette année dans un contexte économique particulièrement asphyxiant. Une crise de liquidité majeure, qui frappe la Guinée depuis plusieurs mois, complique sévèrement le quotidien des ménages. Devant les banques et les points de retrait, les citoyens se heurtent à un véritable parcours du combattant. Car, accéder à leur propre argent est devenu un défi, les plafonds de retrait étant drastiquement limités.
À Madina, principal poumon commercial du pays, l’impact est palpable. Faute de cash, les clients confient faire leurs achats au compte-gouttes. Avec des prix du mouton qui s’envolent, de nombreuses familles craignent de ne pas pouvoir honorer la tradition du sacrifice.
« Habituellement, à l’approche de la Tabaski, les familles retirent d’importantes sommes pour le bétail, les vêtements et les repas. Aujourd’hui, le simple fait de disposer de billets de banque est un problème », déplore un commerçant.
Père de cinq enfants résidant à Gbéssia, Amadou Sylla partage ce désarroi : « En temps normal, j’aurais déjà acheté le mouton et finalisé les tenues des enfants. Cette année, tout est bloqué. À la banque, retirer son argent est un calvaire. À Enta comme ailleurs, les prix grimpent chaque semaine. On essaie de naviguer avec les moyens du bord. Les enfants rêvent de la fête, mais nous, les parents, nous demandons surtout comment traverser cette période. »
Selon plusieurs analystes économiques, cette pénurie de billets découle d’une mauvaise circulation des flux financiers dans le circuit bancaire officiel, accentuée par la thésaurisation et une dépendance historique des populations aux paiements en espèces.
Pour tenter de juguler la crise et soulager les usagers, la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG) a récemment annoncé une série de mesures d’urgence, prévoyant notamment l’injection de nouveaux billets de banque et le renforcement des liquidités dans les principaux points de retrait.
Malgré cette conjoncture morose, l’esprit de la Tabaski refuse de s’éteindre à Conakry. Dans les ateliers de couture, les tailleurs tournent à plein régime, jour et nuit, pour livrer les commandes à temps. Les marchés restent animés jusqu’aux heures tardives, portés par la volonté des familles de préserver la convivialité de l’événement.
Pour la majorité des guinéens, cette édition 2026 sera avant tout placée sous le signe de la résilience, de la patience et de la solidarité. Comme le conclut sagement Amadou Sylla : « La Tabaski reste une fête de foi. Même sans grandes dépenses, l’essentiel est que la famille soit réunie dans la paix et la santé. »
Ibrahima Sory Bangoura




