Fodéya est un district d’environ 450 habitants dont 250 femmes situé dans la préfecture de Balaki, préfecture de Mali. Malgré une distance de seulement 140 kilomètres du centre-ville de la région de Labé, l’accès à la localité nécessite près de huit heures de trajet, illustrant son enclavement. Quelques années auparavant, Fodéya faisait face à une précarité généralisée. Le manque d’infrastructures socioéconomiques de base, combiné à une pauvreté limitait fortement les conditions de vie des populations. Les habitants parcouraient de longues distances pour subvenir à leurs besoins. Aujourd’hui, la situation s’est nettement améliorée grâce à l’intervention du projet de gestion intégrée des ressources naturelles dans le paysage de Bafing-Falémé (PGINRN-PBF), financé par le Fonds d’affectation du FEM avec l’appui technique et financier du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), à hauteur de 7,4 millions de dollars en partenariat avec le Gouvernement guinéen.
LA TEMPÊTE AVANT LE BEAU TEMPS…
 « Ici, on n’avait même pas de quoi manger. Pas d’eau, pas de savon et on manquait même des toilettes. On parcourait des kilomètres pour aller travailler dans les autres villages pour avoir le minimum pour tenir. » C’est par ces mots qu’El hadj Simbori  Keita, ancien maitre de la commune rurale de Balaki décrit la situation initiale du village avant l’intervention du projet. Ici, presque tout manquait pour assurer le minimum de vie. Cette situation affectait également le système éducatif local. Faute de ressources, les parents éprouvaient des difficultés à rémunérer les enseignants communautaires, entraînant une baisse significative des effectifs scolaires.
« Je suis le président de l’Association des Parents et Amis de l’École (APEAE) depuis 2007. J’étais toujours confronté au problème de paiement des enseignants communautaires. Ces derniers me convoquaient très souvent au niveau des autorités ». Se souvient Ibrahima Camara, président du comité de gestion de l’écovillage.
De la baisse des performances des écoliers à l’abandon scolaire, l’école primaire s’était vidée de plus de 50% de son effectif. Par ailleurs, pour répondre à leurs besoins immédiats, les populations se tournaient vers l’exploitation des ressources naturelles, notamment la chasse et la coupe de bois, avec des impacts négatifs sur l’environnement.
LE BEAU TEMPS…
Femmes de Fodéya, production de savons, juillet 2025
Le projet de gestion intégrée des ressources naturelles dans le paysage de Bafing-Falémé vise à promouvoir une gestion intégrée et durable des ressources naturelles en introduisant une approche paysagère, en créant et opérationnalisant une grappe d’aires protégées (parc national de Moyen-Bafing, réserve faunique et forêts communautaires) le long des rivières Bafing et Falémé, et en établissant des écovillages autour des aires protégées.
Pour établir les écovillages, le projet a prévu un certain nombre de critères :
« D’abord, un village de taille raisonnable, idéalement autour de 500 habitants. Ensuite, il faut qu’il y ait une bonne gestion possible des ressources naturelles et aucune tension foncière. On accorde aussi beaucoup d’importance à la cohésion sociale et à l’implication des habitants, notamment leur volonté de contribuer et de s’engager dans le projet. Enfin, on privilégie les localités où il existe des opportunités d’activités économiques, tout en évitant celles qui présentent des risques sociaux ou environnementaux ». Précise Thierno Ibrahima Diallo, Coordinateur national du projet.
Le village de Fodéya est l’une des localités qui répondent à tous ces critères en raison de son isolement et de la situation de vulnérabilité économique qui y règne, d’où son choix par le projet.
Dès 2023, Fodéya devient un laboratoire de réussite pour le concept d’ « écovillage » : infrastructures de base améliorées, création d’opportunités économiques durables, diversification des revenus et renforcement des capacités locales. Foyers améliorés, centre de production de savon artisanal, adduction d’eau potable, exploitation maraîchère, Ruchers-écoles… Autant d’initiatives co-conçues et portées par la communauté pour réduire la pression sur les forêts, renforcer l’autonomie économique, améliorer la résilience sociale et promouvoir l’inclusion des groupes vulnérables, notamment les femmes. Fatoumata Samoura, présidente des femmes, égrène quelques-uns des changements observés :
« Depuis l’intervention du projet, nous sommes sorties de toutes les difficultés qui nous caractérisaient. Surtout les grillages et l’adduction d’eau. Pour nous les femmes, la saleté a cédé à la propreté. Nos rations alimentaires sont bien assurées et avec les foyers améliorés, nous ne sommes plus exposées à la fumée en cuisinant. La famine s’est éloignée du village. Les problèmes de dépense n’affectent plus nos maris… »
Président du comité de gestion de l’écovillage   et de l’APEAE, Ibrahima Camara souligne particulièrement les améliorations intervenues en milieu scolaire. « En 2021, avant le projet, notre école comptait seulement 17 élèves, aujourd’hui, il y a 42 élèves. Les parents n’ont plus de mal à payer les scolarités de leurs enfants grâce aux sources de revenus que le projet nous a aidés à créer ».
LES ARMES DÉPOSÉES CONTRE LES ANIMAUX ET LA FORÊT…
Ibrahima Camara, ancien président des chasseurs tenant son fusil de chasse
La chasse constituait l’une des principales activités du village de Fodéya. De nombreux chasseurs parcouraient les forêts pour abattre des animaux, notamment des chimpanzés et des singes, qui figuraient parmi les cibles les plus recherchées. Autrefois à la tête des chasseurs, le célèbre et redouté Ibrahima Camara se souvient :
 « Je recevais tous les chasseurs chez moi pour planifier les chasses. Ils venaient très souvent des villages lointains à la recherche des espèces comme le singe, le Chimpanzé, etc. J’étais leur président. »
Grâce aux activités de sensibilisation menées par le projet, Ibrahima dispose désormais de bonnes informations en matière de protection de la biodiversité. Aujourd’hui, la chasse appartient au passé pour lui. Sa reconversion en éco-garde illustre son engagement en faveur de la préservation de la forêt et de la faune.
 « Je ne participais pas aux regroupements du village. Je préférais rester en brousse avec mes amis chasseurs qui m’apportaient des cartouches de balles depuis d’autres villages. Je trouvais cela plus avantageux, mais aujourd’hui, je ne suis plus dans la chasse. Je ne veux même pas voir un chasseur se rapprocher de nos forêts et de notre village. Je suis même reconverti en Éco-gardien ». Se réjouit-il.
Aujourd’hui, les armes ne crépitent plus dans les forêts de Fodéya. Autrefois menacées, des espèces comme le guib harnaché, les phacochères, les babouins ou encore les céphalophes réapparaissent et se développent progressivement, signe d’un écosystème en régénération. Parallèlement, les espèces végétales telles que le khaya, le sagba ou l’érythrophleum sont de moins en moins soumises à l’exploitation abusive, grâce à l’essor d’activités économiques alternatives. Les populations disposent désormais de sources de revenus plus durables, réduisant ainsi leur dépendance aux ressources forestières. Cette dynamique de transformation se reflète également sur le plan social : les élèves retrouvent le chemin de l’école, les effectifs augmentent et les enseignants s’installent durablement dans le village. Fodéya s’inscrit désormais dans une trajectoire où préservation de l’environnement, amélioration des conditions de vie et développement local se renforcent mutuellement.
Ousmane Bangoura