Boire de l’eau potable au quotidien relève désormais du défi à Conakry. L’entrée en vigueur de l’interdiction des sachets plastiques à usage unique a brutalement redirigé la demande vers l’eau conditionnée en bouteille. Ce qui pose un enorme problème aux consommateurs, car, les capacités de production ne suivent pas et cela a eu des répercussions immédiates dans les quartiers de la capitale à savour : une pénurie naissante et une flambée incontrôlée des prix.
Dans les boutiques, commerces et restaurants, l’impact sur le portefeuille des consommateurs est immédiat. La bouteille de 1,5 litre, vendue auparavant autour de 5 000 francs guinéens (GNF), oscille aujourd’hui entre 6 000 et 7 000 GNF voire 10 000 GNF. Le format réduit atteint quant à lui 3 000 GNF.
Cette transition forcée bouleverse le quotidien des travailleurs, conducteurs et commerçants contraints de s’approvisionner à l’extérieur, mais aussi des ménages privés d’un réseau public d’eau potable performant.
Sur le terrain, la frustration grandit. À Dixinn, Mamadouba Camara déplore le poids de cette hausse sur son budget :
« Avant, avec 5 000 francs, on pouvait acheter une grande bouteille. Maintenant, il faut prévoir 7 000 francs voire plus. Pour quelqu’un qui vit avec un petit salaire, ces 2 000 francs de différence comptent énormément. »
Pour les étudiants et les travailleurs nomades, la facture quotidienne explose. « La petite bouteille est à 3 000 francs. Quand tu es dehors toute la journée et qu’il faut en acheter deux ou trois, ça va très vite », confie Idy Sow, étudiant.
Un autre habitant affirme avoir déjà déboursé 9 000 GNF en une seule matinée pour trois petites bouteilles, l’obligeant à rationner sa consommation d’eau pour préserver ses finances.
Dans plusieurs quartiers, la crise n’est pas seulement financière, elle est aussi logistique. « Tu peux avoir l’argent et ne pas trouver d’eau minérale », s’insurge un citoyen contraint d’enchaîner les boutiques sans succès. Plus grave encore, face au manque d’alternatives et aux besoins des familles nombreuses, certains habitants avouent consommer désormais une eau du réseau ou de puits dont ils doutent fortement de la potabilité.
Du côté des commerçants et des revendeurs, la pression est tout aussi vive. Les ruptures de stock s’enchaînent et la chaîne d’approvisionnement peine à répondre à cet afflux de demande spontané.
Mamadou Saliou Diallo, livreur basé à Lambanyi, confirme la complexité de la situation : « L’approvisionnement est devenu un véritable casse-tête. Les producteurs doivent impérativement augmenter leurs capacités. Pour que l’eau reste accessible aux ménages modestes, il faudrait que la petite bouteille soit vendue entre 2 000 et 2 500 francs. »
Si l’interdiction des plastiques à usage unique vise un objectif environnemental légitime, débarrasser les rues, cours d’eau et caniveaux de Conakry des déchets asphyxiants, la méthode pose question. Faute d’alternatives abordables et immédiatement disponibles, la mesure fragilise en priorité les ménages les plus vulnérables.
Face aux spéculations constatées sur le marché, le ministère de l’Industrie et du Commerce est monté au créneau. Le département a appelé l’ensemble des acteurs de la filière (producteurs, importateurs et distributeurs) au strict maintien des tarifs antérieurs, tout en annonçant des mesures pour diversifier l’offre et introduire des emballages biodégradables. Le message des autorités se veut clair : « L’eau ne doit pas devenir un luxe. »
 
Pour les Conakrykas, l’enjeu dépasse la simple guerre des emballages. La crise actuelle rappelle l’urgence de renforcer structurellement l’accès au réseau public d’eau potable. Car, si la protection de l’environnement est une nécessité absolue, elle ne peut se faire au détriment du droit humain fondamental à une eau saine, disponible et abordable.
Ibrahima Sory Bangoura