Dans cette localité de la Sierra Leone fortement enclavée, le quotidien des habitants relève d’un parcours du combattant permanent. Privée d’infrastructures de base, la population fait face à une combinaison dramatique de maux à savoir : l’absence d’électricité, le manque cruel d’eau potable et un réseau routier en ruine.
À la tombée de la nuit, le village plonge dans une obscurité totale. L’électricité y reste un luxe inaccessible. Car, la grande majorité des ménages s’éclaire au moyen de torches ou de lampes de fortune. Seules quelques familles, un peu plus loties, parviennent à faire fonctionner une ampoule ou à recharger un téléphone grâce à de petits panneaux solaires. Cette situation pèse lourdement sur la vie économique local, handicape les révisions scolaires des jeunes et complique la prise en charge des urgences médicales nocturnes.
À cette obscurité quotidienne s’ajoute la crise de l’eau. Faute de forage et de réseau d’adduction, les habitants n’ont d’autre choix que de s’approvisionner aux marigots environnants. En période hivernale, l’eau de pluie est soigneusement recueillie pour la boisson et la cuisine. Un système de débrouille qui expose directement la population, particulièrement les enfants, à d’importants risques sanitaires et aux maladies d’origine hydrique.
Le tableau déjà sombre de la vie à M’bolo s’aggrave encore avec l’état des voies de communication. Dès les premières pluies, les pistes se détériorent jusqu’à devenir quasi impraticables. Véhicules et taxis-motos refusent de s’y aventurer, coupant littéralement le village du reste du pays. Évacuer un malade vers un centre de santé ou écouler les produits agricoles vers les marchés voisins devient une épreuve périlleuse.
« Nous demandons simplement à vivre comme les autres ».
Face à cet abandon, la résignation cède la place au cri du cœur. Les témoignages recueillis sur place traduisent l’urgence de la situation.
« Ici à M’bolo, nous souffrons énormément. Les femmes et les enfants parcourent de longues distances pour aller chercher de l’eau au marigot. Dès qu’il pleut, les véhicules refusent de venir, ce qui complique l’évacuation des malades et le transport de nos récoltes. Nous demandons aux autorités de penser à nous : nous avons besoin d’eau, d’électricité et de routes pour vivre dignement », confie Kamara Abdoulaye, habitant de la localité.
Même constat amer chez les doyens du village, pour qui le temps n’a rien changé aux souffrances quotidiennes.
« Je suis née ici et j’ai vu grandir plusieurs générations, mais nos conditions de vie n’ont presque pas changé. La nuit, le village est plongé dans le noir et les enfants peinent à réviser leurs leçons. Avant de quitter ce monde, je voudrais voir notre village bénéficier d’eau potable, d’électricité et de bonnes routes. Nous demandons simplement de pouvoir vivre comme les autres communautés », témoigne Marie Bangura, doyenne de M’bolo.
Pour les populations de M’bolo, ces infrastructures élémentaires ne relèvent pas de la faveur, mais du droit fondamental. Elles espèrent désormais que leur appel sera entendu afin de rompre définitivement le mur de l’isolement.
Ibrahima Sory Bangoura, envoyé spécial.




