Depuis le début du mois de février 2026, le Grand Conakry est le théâtre d’une vaste opération de libération des espaces publics. Au cœur de cette tempête urbaine, le rond-point du Km 36, dans la commune de Sanoyah, où les pelleteuses laissent derrière elles des familles désemparées et des commerces en ruine.
Menée par la police nationale avec l’appui d’engins lourds, cette campagne vise à désengorger les artères principales de la capitale, notamment sur l’axe Conakry-Boké. Pour les autorités guinéennes, l’objectif vise à fluidifier la circulation, mettre fin à l’occupation anarchique des accotements et redorer l’image de la ville. Le Km 36, point névralgique souvent paralysé par les embouteillages, est au centre de cette stratégie d’assainissement.
Pourtant, derrière la volonté de modernisation, la réalité humaine est brutale. À l’instar des opérations menées à Dixinn, Kaloum ou Matoto, les déguerpissements du Km 36 se sont déroulés dans une atmosphère de chaos. De nombreux résidents et commerçants affirment avoir été pris de court, dénonçant une absence totale d’information préalable et de mécanismes de relogement.
« Nous n’avons reçu aucune solution. Du jour au lendemain, les machines sont arrivées et ont pulvérisé nos étals », déplore Mariama Fadiga, vendeuse de poulets.
Comme elle, des centaines de femmes se retrouvent aujourd’hui sans lieu pour exercer leur activité.

Pour ces populations, la perte de l’emplacement de travail est synonyme de chute dans la pauvreté. Aïssatou Bah, qui vendait des fruits au bord de la route depuis plus d’une décennie, témoigne de ce traumatisme : « C’est grâce à ce commerce que je nourrissais mes enfants. Tout a été détruit sous mes yeux. Je ne suis pas contre le développement, mais l’État doit penser aux petits commerçants. Aujourd’hui, je n’ai plus rien. »
À Kountia, le constat est identique. Binta Camara souligne que cette situation est devenue monnaie courante à Conakry, plongeant les foyers dans une incertitude financière immédiate. Sur les réseaux sociaux, les vidéos de familles appelant à l’aide témoignent de l’ampleur de la crise sociale qui couve derrière les décombres.
Le déguerpissement du Km 36 illustre la tension persistante entre les impératifs de l’urbanisme moderne et la nécessité de justice sociale. Si l’assainissement de la capitale semble nécessaire, l’absence de mesures d’accompagnement transforme souvent ces opérations en drames humains.
Pour que le développement de Conakry soit une réussite partagée, il devient urgent d’instaurer un dialogue inclusif et de proposer des solutions durables aux plus vulnérables. Car, pour les déguerpis, la question n’est plus seulement de savoir où aller, mais comment survivre demain.
Par Ibrahima Sory Bangoura
pour Actu7.com




