L’année 2025 restera gravée comme l’une des plus paradoxales pour le sport guinéen. Si le Syli National, locomotive habituelle du pays, a sombré dans une crise de résultats et de gouvernance, d’autres disciplines ont profité de cette période pour briller, prouvant que le talent guinéen dépasse largement les limites du rectangle vert.
Le bilan du football est sombre. Le point d’orgue de cette frustration fut l’élimination précoce au Championnat d’Afrique des Nations (CHAN). Cruellement tenue en échec par l’Algérie après avoir mené au score, la Guinée a concédé un but tardif, scellant ainsi son sort dès la phase de groupes.
Sur la route des grandes compétitions internationales, l’étincelle n’est jamais vraiment venue. Malgré quelques sursauts, comme cette victoire encourageante en amical contre le Niger, le Syli n’a jamais su convaincre, ni relancer une dynamique de qualification solide.
À ces difficultés sportives s’ajoute une crise structurelle humiliante, l’indisponibilité de stades homologués sur le territoire national. Contrainte de jouer ses matchs à domicile à l’étranger, la sélection a perdu son douzième homme, tout en pesant lourdement sur les finances publiques. Entre l’absence de cadres évoluant en Europe et une instabilité tactique, le football guinéen cherche encore son second souffle.
Pendant que le football vacille, d’autres athlètes portent haut les couleurs nationales avec une résilience remarquable :
Judo : La consécration de Mariana Esteves (-57 kg), sacrée meilleure athlète féminine lors de la cérémonie du Nimba d’Or, témoigne de l’excellence de la Fédération guinéenne de judo.
Basketball : Le Syli Basket continue sa progression constante. Loin des projecteurs, l’équipe nationale enchaîne les performances solides lors des qualifications continentales, s’affirmant comme une valeur sûre en Afrique.
Athlétisme et Jeux de la Solidarité Islamique : La moisson de médailles en athlétisme (notamment au saut) lors des Jeux de 2025 souligne la diversification réussie des talents guinéens.
Sports émergents : Du tir à l’arc au karaté, en passant par la natation et le sambo, la relève est là. Ces disciplines multiplient les qualifications chez les jeunes et réussissent le pari d’organiser des compétitions régionales sur le sol guinéen.
L’échec du Syli National ne doit pas être vu comme une fin, mais comme un électrochoc nécessaire. Il met en lumière les failles persistantes de notre gouvernance sportive et le manque criant d’infrastructures. Cependant, il révèle aussi une réalité porteuse d’espoir : la vitalité d’un sport guinéen qui ne se résume plus à une seule discipline.
Le défi pour les autorités est désormais double, c’est à dire refonder le football sur des bases saines et durables tout en consolidant le soutien aux sports dits mineurs qui, dans des conditions souvent précaires, offrent les plus belles satisfactions au pays. C’est à ce prix, celui de l’équité et de l’investissement structurel, que la Guinée retrouvera sa crédibilité sur la scène mondiale.
Ibrahima Sory Bangoura