En Guinée, le panier de la ménagère est bien plus qu’une simple liste de courses ; il est le reflet des difficultés économiques quotidiennes auxquelles sont confrontées des millions de familles. Si l’on imagine un panier idéal composé des denrées de première nécessité – riz, huile, légumes, viande ou poisson, produits laitiers, etc. – la réalité pour la majorité des ménages guinéens est loin de correspondre à cette image.
L’une des principales difficultés réside dans l’extrême volatilité des prix des produits de base. Le marché guinéen est fortement influencé par des facteurs externes (fluctuations des cours mondiaux des matières premières, coût du transport international) et internes (mauvaises récoltes, spéculation, état des infrastructures routières). Ainsi, le prix d’un sac de riz, de l’huile de palme ou même des légumes frais peut varier considérablement d’une semaine à l’autre, voire d’un jour à l’autre, rendant toute planification budgétaire quasi impossible pour les ménages à faibles revenus. Cette imprévisibilité contraint souvent les mères de famille à revoir leurs choix au dernier moment, privilégiant la quantité à la qualité ou à la diversité.
Le faible pouvoir d’achat est un autre obstacle majeur. Malgré l’abondance de ressources naturelles, une grande partie de la population guinéenne vit sous le seuil de pauvreté. Les salaires sont souvent bas et irréguliers, en particulier dans le secteur informel qui emploie une majorité de la force de travail. Dans ce contexte, l’acquisition d’un panier équilibré et nutritif devient un luxe inaccessible pour de nombreuses familles. La conséquence directe est une alimentation souvent déséquilibrée, riche en glucides (riz, manioc) mais pauvre en protéines et en vitamines essentielles, ce qui a des répercussions graves sur la santé, notamment celle des enfants.
La Guinée, bien que disposant de terres arables et d’un potentiel agricole important, reste fortement dépendante des importations pour de nombreux produits alimentaires de base, comme le riz. Cette dépendance expose le pays aux chocs externes et aux fluctuations des marchés internationaux. Toute perturbation de la chaîne d’approvisionnement mondiale, comme ce fut le cas pendant la pandémie de COVID-19 ou en raison de conflits géopolitiques, se répercute directement sur le prix et la disponibilité des denrées dans les marchés locaux. Cette situation exacerbe l’insécurité alimentaire et rend encore plus précaire le panier de la ménagère.
L’état des infrastructures routières, particulièrement en zones rurales, est un facteur aggravant. Le mauvais état des routes rend le transport des produits agricoles des lieux de production vers les marchés urbains coûteux et fastidieux. Ces coûts supplémentaires sont inévitablement répercutés sur le prix final des produits, pesant ainsi davantage sur le budget des ménages. Les pertes post-récolte dues au manque d’infrastructures de stockage et de transport contribuent également à la rareté et à l’augmentation des prix.
Face à ces difficultés, les ménagères guinéennes développent des stratégies d’adaptation : réduction des portions, substitution de produits plus chers par des alternatives moins nutritives, achat à crédit, ou encore le recours à des plats uniques et économiques. Cependant, ces stratégies, bien que nécessaires pour assurer la survie quotidienne, ont leurs limites et ne résolvent pas le problème fondamental de l’accès à une alimentation saine et suffisante.
Pour résumer, le panier de la ménagère en Guinée est un indicateur poignant des défis socio-économiques auxquels le pays est confronté. Il souligne l’urgence de politiques publiques visant à stabiliser les prix, à renforcer le pouvoir d’achat, à développer l’agriculture locale et à améliorer les infrastructures pour garantir à chaque famille l’accès à une alimentation digne et nutritive.
La rédaction