Quatre ans après sa mise au ban suite au coup d’État de septembre 2021, la République de Guinée retrouve officiellement son siège au sein de l’Union africaine (UA). Si cette décision du Conseil de paix et de sécurité marque une victoire diplomatique majeure pour les autorités de transition, elle suscite surtout une immense attente chez les citoyens, partagés entre fierté nationale et désir de retombées concrètes.
Le 22 janvier 2026 restera une date charnière pour la diplomatie guinéenne. En levant la suspension du pays, l’UA valide les étapes franchies vers le rétablissement de l’ordre constitutionnel, couronné par l’élection présidentielle du 28 décembre 2025.
Pour le ministre des Affaires étrangères, Dr. Morissanda Kouyaté, ce retour n’est qu’un acte de justice historique, car, pour lui, la Guinée regagne enfin la maison qu’elle a contribué à bâtir aux premières heures des indépendances.
Mais au-delà des discours officiels, c’est dans les rues de Conakry que l’écho de cette nouvelle résonne le plus fort. Pour de nombreux Guinéens, cette réintégration signifie avant tout la fin de l’isolement.
Commerçant de son état dans la capitale Conakry, Bah Ousmane ne cache pas son enthousiasme. « C’est un moment de fierté. Retrouver notre place dans cette famille redonne espoir. On attend maintenant que cela attire des investissements et crée des emplois pour nos jeunes », confie-t-il.
Du côté de l’université, l’analyse est plus nuancée. Aïssatou Diallo, étudiante en sciences politiques, y voit un levier : « C’est encourageant, mais cela doit s’accompagner d’un vrai renforcement de l’État de droit. Nous voulons que cette adhésion favorise la transparence et le dialogue interne. »
Concernant la mobilité et les échanges, Mamadou Sylla, conducteur de taxi-moto à Dixinn (Conakry), souligne : « Faire partie de l’UA, c’est ne plus être isolés. Nos dirigeants doivent en profiter pour faciliter les échanges commerciaux entre nos jeunes entrepreneurs et le reste du continent. »
Le chemin parcouru depuis le 5 septembre 2021 a été long. Entre l’adoption d’une nouvelle Constitution et les réformes institutionnelles, la Guinée a dû donner des gages de stabilité. Pour Fatoumata Kaba, fonctionnaire, ce retour est le signe que le travail a été reconnu : « On espère que l’UA continuera de nous accompagner dans les réformes à venir. »
Si la suspension est levée, le plus dur commence peut-être maintenant. La réintégration à l’UA n’est pas une fin en soi, mais un outil. Les attentes sont claires, les guinéens ne se contenteront pas d’un drapeau flottant de nouveau à Addis-Abeba. Ils veulent voir cette reconnaissance diplomatique se transformer en ponts, en écoles, en emplois et en libertés consolidées.
Ibrahima Sory Bangoura




