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Dans la capitale guinéenne, les quartiers de Kenien, Bonfi et Dabondy offrent aujourd’hui un visage qui préoccupe tant les habitants que les observateurs. Entre insalubrité chronique, voiries dégradées et déficit d’infrastructures, le cadre de vie dans ces zones populaires se détériore, alimentant un profond sentiment d’abandon.

Ces quartiers incarnent paradoxalement le dynamisme économique de Conakry et ses plus profondes fragilités. Sous la pression d’une urbanisation rapide et souvent non planifiée, l’occupation anarchique des sols est devenue la norme. Les habitations se multiplient sans respect des règles d’urbanisme, réduisant les voies d’accès à de simples sentiers et aggravant les risques de catastrophe, notamment lors d’incendies.
À Bonfi et Dabondy, les caniveaux obstrués par les déchets transforment chaque averse en épreuve. En saison des pluies, les inondations sont systématiques, tandis qu’en saison sèche, c’est la poussière et les émanations toxiques qui polluent le quotidien des riverains.

La gestion des déchets reste le défi le plus visible. Des dépotoirs sauvages s’étendent le long des routes et à proximité immédiate des concessions. Cette promiscuité avec les immondices engendre une crise sanitaire silencieuse notamment : la recrudescence du paludisme dû aux eaux stagnantes, la propagation de maladies hydriques, et la pollution olfactive permanente affectant le bien-être psychologique.
Kenien, pôle commercial majeur, illustre parfaitement ce paradoxe urbain. Un quartier qui déborde d’activité, mais où la pression démographique a largement dépassé les capacités des infrastructures de base. L’accès à l’eau potable et à l’électricité y demeure un luxe pour beaucoup.

Souleymane Camara, résident à Dabondy, ne cache pas son amertume :

« Nos rues sont envahies par les déchets et les mauvaises odeurs nous empoisonnent la vie. Chaque jour, nous luttons pour maintenir un semblant de propreté, mais nos efforts sont vains sans un système d’assainissement digne de ce nom. Ce que nous demandons, ce n’est pas du luxe, c’est la dignité fondamentale pour nos enfants et notre avenir ».

Au-delà du simple constat, la situation de ces quartiers interpelle sur l’urgence d’une réponse structurelle. La solution ne peut être que collective. Elle nécessite une action forte de l’État qui devra s’accentuer sur la réhabilitation des voiries primaires et curage systématique des grands collecteurs. L’implication des collectivités locales pour la mise en place d’un service de ramassage des ordures régulier et efficace. Et une responsabilité citoyenne axée sur la sensibilisation des habitants pour mettre fin aux dépôts sauvages.

Redonner une image décente à Kenien, Bonfi et Dabondy, ce n’est pas seulement bitumer des routes, c’est restaurer la dignité urbaine de milliers de guinéens qui font battre le cœur de la capitale.

Par Ibrahima Sory Bangoura pour Actu7.com