Interview exclusive avec le Vice-président Exécutif de la Fédération Guinéenne de Volley-ball

Mamadi Kobélé Keïta est une figure centrale du sport en Guinée, occupant le poste de vice-président exécutif de la Fédération Guinéenne de Volley-ball (FGVB). À ce titre, il est l’un des principaux responsables de la gouvernance et du développement du volley-ball national. Impliqué dans la relance et la structuration de ce sport, il partage ici sa vision, ses défis et ses stratégies pour redorer le blason du volley-ball guinéen.

Actu7.com : Quelle est votre vision globale pour le développement du volley-ball en Guinée dans les prochaines années ?


Keïta Mamadi Kobelé (KMK)
 : Notre vision globale s’inscrit dans un plan stratégique visant à redonner à la Guinée la place qui est la sienne, celle qu’elle occupait par le passé en tant que meilleur pays africain de volley-ball. La Guinée, ayant déjà participé à la Coupe du Monde de Volley-ball, avait une place extrêmement importante. Il est essentiel de redorer ce blason et de permettre à notre pays de retrouver ce statut.

Comment envisagez-vous la professionnalisation du volley-ball guinéen ?

Nous avons une vision très claire. Nous cherchons d’abord à renouer avec les pratiques internationales, car la professionnalisation passe par l’adoption de techniques et de normes mondiales. Le volley-ball était resté dans l’oubli pendant un certain temps, et nous essayons de rétablir les liens. Nous avons des rapports très étroits avec la Fédération Internationale de Volley-ball (FIVB) qui a permis à la Guinée d’avoir des programmes de formation essentiels : la formation des entraîneurs, des arbitres et des équipes nationales. L’exécution commence en 2026, et nous profitons de cette opportunité pour renouer avec les bonnes pratiques internationales en la matière.

Quels efforts sont en cours pour améliorer les infrastructures sportives dédiées au volley-ball ?

Une fédération nationale n’a pas forcément pour mission de construire les infrastructures ; c’est le rôle régalien de l’État et des partenaires. Nous avons déposé notre budget national annuel au ministère des Sports, un budget conséquent pour rénover certaines infrastructures. Le ministère a commencé à contacter des partenaires financiers avec lesquels nous cherchons à établir des partenariats pour qu’ils accordent leur visibilité et leur soutien au volley-ball.
Nous avons déjà signé un partenariat avec le Complexe Tassana à Dabompa, qui possède un grand domaine d’infrastructures sportives, afin d’y aménager un terrain de volley-ball. L’idée est de s’appuyer sur des partenariats clés pour que le volley-ball en Guinée puisse se développer.
La Fédération dispose-t-elle des ressources suffisantes pour mener ses projets à bien ?
Je dirais non. Seuls, nous ne pourrons pas y arriver. L’État doit venir en aide. Pour la grande question de la mobilisation des équipes nationales dans les compétitions internationales, nous ne pouvons pas le faire sans l’aide de l’État. C’est en cours : tout récemment, notre équipe de Beach Volley-ball a participé à des compétitions au Cap-Vert avec l’appui de l’État, ce qui est une première.
Il faut également que nos partenaires nous accompagnent. Nous avons la bonne volonté, l’approche nécessaire l’approche marketing pour approcher les gens. Nous comptons déployer cette approche pour que le manque à gagner soit comblé par l’État et nos partenaires.

Comment travaillez-vous avec l’État et les sponsors pour renforcer le financement du volley-ball ?

Nous avons établi des relations très proches avec le ministère en charge des Sports. C’est crucial. Il y a quelques années, le ministère était réticent. Mais il nous a dit : « Réglez vos problèmes à l’interne, nous allons vous accompagner. » C’est ce qu’ils ont fait récemment en accompagnant l’équipe de Beach Volley-ball au Cap-Vert.

Quels programmes existent pour détecter et former les jeunes talents à travers le pays ?


Nous avons mis en place une stratégie autour du volley-ball scolaire. Nous voulons que le volley-ball se joue dans les écoles. Nous avons tous appris ce sport à l’école. Notre stratégie repose sur un programme de développement du volley-ball scolaire. Nous avons rencontré les autorités du ministère de l’Enseignement Pré-Universitaire pour leur présenter ce programme. Ce que nous recherchons est simple : permettre d’inscrire le volley-ball dans le programme scolaire. Nous verrons, avec nos partenaires techniques et financiers, comment le mettre en œuvre.

Quel est le rôle des académies et des clubs dans le développement des jeunes volleyeurs ?

Les académies sont des structures de formation. En Guinée, nous avons actuellement deux centres de formation très dynamiques : celui de Dubréka et celui de Mamou. Ils sont en train de former de grands joueurs ; ces deux centres ont d’ailleurs formé les champions actuels de notre pays.
Au-delà de cela, nous souhaitons créer un troisième centre au complexe Tasana à Dabompa. Le centre de Dubréka, Mamou et Tasana (futur) seront des centres qui formeront véritablement les futurs joueurs de demain. Aujourd’hui, à Kankan et à Boké, il y a aussi une très grande relève qui pointe à l’horizon.

Comment la Fédération compte-t-elle renforcer la formation des entraîneurs et arbitres ?

C’est en bâtissant sur les programmes internationaux. Nous avons un soutien de la FIVB qui viendra former les arbitres, les entraîneurs et les équipes nationales. Le programme de gestion du volley-ball avec la fédération internationale est également en cours.

Quels sont les plans pour améliorer la performance des équipes nationales, masculine et féminine ?


Il faut de la compétition. Nous prévoyons à la fin de cette année un championnat général de Beach Volley-ball. La seule façon pour un talent d’être encouragé, c’est de concourir. Si nous ne leur offrons pas cette opportunité, ils n’auront jamais la motivation nécessaire. Cela passe par ces compétitions, le championnat national, la compétition de ligue et surtout le programme de volley-ball scolaire que nous souhaitons développer.

Quel rôle jouent les médias et les réseaux sociaux dans votre stratégie de communication ?

Vous êtes notre bras armé. Quels que soient les moyens dont nous disposons, si vous ne nous aidez pas à avoir de la visibilité, les partenaires ne viendront jamais. Il faut que le volley-ball soit médiatisé pour que les médias relaient l’information et encouragent un partenaire à venir. Vous êtes pour nous le seul groupe capable d’aider le sport en général, et particulièrement le volley-ball.

Comment comptez-vous attirer plus de jeunes, notamment les filles, vers ce sport ?


C’est un grand challenge, car la contrainte familiale africaine fait que beaucoup de filles n’ont pas le courage de venir au terrain. Elles sont dans les ménages ou en train de vendre. C’est pourquoi nous voulons que ce soit dans les écoles. Un enfant qui vient à l’école a le temps de jouer. Nous voulons bâtir le programme de volley-ball scolaire pour avoir de nouveaux talents, à la fois des garçons et des filles.

Quels défis restent, selon vous, les plus urgents à relever pour faire progresser le volley-ball guinéen ?


C’est de faire revenir les volleyeurs sur le terrain, ce qui passe par les compétitions et les formations que nous allons organiser. Mais notre défi principal, c’est d’obtenir des ressources financières et techniques. Certes, nous avons un programme de développement avec la FIVB, mais cela ne suffit pas.
Pour organiser un véritable championnat en Guinée, le minimum requis est de l’ordre de deux cents millions de francs guinéens , et cela ne s’obtient pas par de simples cotisations. Il faut que les partenaires techniques, financiers et l’État viennent en aide pour accompagner le volley-ball. Nous voulons concourir, mais le sport aujourd’hui n’attire pas suffisamment de sponsors pour prendre en charge les sportifs. Si l’État ne vient pas en aide pour encourager le développement du sport, ce sera très difficile. C’est pourquoi nous essayons de mettre en place une stratégie à la fois publique et privée.

Votre message

Nous comptons énormément sur le ministère en charge des Sports, car sans leur implication effective pour soutenir le volley-ball, nous n’y arriverons jamais. Le deuxième message s’adresse aux sportifs : le volley-ball est en train de renaître de ses cendres. Il y a une nouvelle équipe extrêmement dynamique qui a une vision et une stratégie, mais qui a besoin des sportifs pour que le volley-ball puisse se développer.

Propos recueillis par Ibrahima Sory Bangoura